C'est avec la très fameuse marque de matériel de pêche Mitchell que nous inaugurons cette nouvelle rubrique et c'est Christian Lhermitte collectionneur halieutique à la Mitchellomanie renommée qui nous retrace, ici, l'historique de la marque à consonnance anglo-saxonne célèbre dans le monde entier et pourtant bien française à l'origine ... Mitchell aurait été choisi en hommage à Michel Pons, frère d'un des dirigeants de l'entreprise décédé peu avant la commercialisation des premiers moulinets de la marque. Aujourd'hui Mitchell poursuit son chemin au sein du groupe américain Pure Fishing qui comprend d'autres grands noms de la pêche tels que Penn, Shakespeare, Abu- Garcia, Berkley.
Savoie, Cluses, Carpano,
Pons, Jacquemin : un point commun Mitchell.
Lorsque Louis Carpano
arrive à Cluses, il intègre l’Ecole Royale d’Horlogerie
installée depuis peu dans la vallée de l’Arve, vallée réputée
pour la sous-traitance des pièces d’horlogerie.
Après divers séjours en
France et en Suisse, Louis Carpano revient dans cette vallée et il
s’associe avec M. Jacottet pour la fabrication de fraises à
tailler et de roues de montre.
Au début du 20ème
siècle, il se retire et cède son établissement à son neveu
Constant.
En 1927, au décès de
celui-ci, ses héritiers s’associent avec Charles Pons, gendre de
Constant, pour créer les « Établissements Carpano &
Pons »
Ces établissements
produiront des objets divers ayant des mécanismes précis et/ou
compliqués. Ils assureront aussi la sous-traitance des moulinets de
pêche PECOS (Pêcheur Écossais) et C.A.P. (Canne A Pêche).
Charles Pons développera
beaucoup de mesures à caractère social. Très rigoureux et exigeant
dans le travail, il a su conduire une politique sociale en avance
pour son époque : taux horaire plus élevé, primes (sorte de
primes d’intéressement), transport en car pour les ouvriers
éloignés, construction de logements pour le personnel, cantine,
coopérative, création d’une mutuelle…
L’arrivée au bureau
d’études d’un ingénieur génial, Maurice Jacquemin, va
révolutionner la conception classique des moulinets : M.
Jacquemin reprend le principe du moteur de balai d’essuie-glaces
pour transformer un mouvement rotatif en mouvement de translation
alternatif. Pour adapter les mécanismes, le bâti ne sera plus rond
mais ovoïde, concept très innovant.
Conçu pendant la Seconde
Guerre Mondiale, ce moulinet ne pourra pas être commercialisé avant
1948 : c’est l’ancêtre du légendaire 300. La date de
conception et de commercialisation du premier Mitchell varie selon
les sources. La première publicité que j’ai trouvée sur les
revues halieutiques date de juin 1949.
Ce moulinet connait un
succès important aux Etats Unis. La Garcia Corporation devient
l’exportateur exclusif. Cet exportateur/commercial/distributeur
vendra les Mitchell avec ses propres étiquettes sur les boîtes et
un sticker jaune sur le moulinet.
En 1955, les Ets Carpano
& Pons fêtent la 10 000ème caisse de moulinets
exportée.
En
décembre 1961 sort le 5 000 000ème moulinet,
en 1966 le 10 000 000ème, en 1968 le
13 000 000ème moulinet et enfin en 1971 le
20 000 000ème moulinet.
Mitchell exporte dans le
monde entier, personnalisant souvent les moulinets avec le logo des
importateurs européens : Arca pour la Belgique, Albatros pour
les Pays-Bas, Balzer pour l’Allemagne, Milbro pour le Royaume-Uni.
La production pour les
Grands Magasins français ne reprend que les Mitchell les plus
courants (300 – 304 – 306). Sur ceux-ci, le nom Mitchell est
remplacé par le nom commercial de l’enseigne, avec pour certains
une étiquette « Licence Mitchell » : Kilt pour les
Nouvelles Galeries et Monoprix, BHV pour le Bazar de l’Hôtel de
ville, Prisu pour Prisunic.
A la mort de Charles
Pons, les Établissements Carpano & Pons deviennent en 1965 le
Groupe Carpano & Pons, ce qui conduit à la création d’unités
de productions dont Mitchell.
En 1968 la Garcia devient
le propriétaire du principal actif de Mitchell aux Etats-Unis.
Viennent ensuite les
années fastes, rachat de la Société Rublex (leurres) en 1969,
12 000 moulinets/jour en 1970, déménagement à Thiez en 1971,
1 400 000 moulinets exportés par an : en 1972
Mitchell reçoit l’Oscar de l’exportation (remis par le Ministre
de l’Economie de l’époque, M. Giscard d’Estaing), 2 300 000
moulinets vendus en 1973.
Après un ralentissement
dû au premier choc pétrolier de 1974 et une reprise les années
suivantes, l’année 1978 voit le licenciement d’une centaine de
personnes à l’usine Mitchell de Thiez.
1979 marque le dépôt de
bilan de la Garcia Corporation au sein de laquelle le Groupe Carpano
& Pons avait augmenté à 54% sa participation pour se porter à
son secours.
Mitchell, ébranlé par
ce dépôt de bilan, dépose le sien deux ans plus tard.
En 1982, Mitchell est
racheté par M. Philippe Blime qui petit à petit remet la marque
sur pied mais cette restructuration sera parfois très douloureuse
pour le personnel.
Ensuite, délocalisation,
passage sous contrôle du groupe américain Jonhson Worldwilde
Associates en 1990….mais « mon histoire Mitchell » est
déjà finie depuis quelques années.
A retenir de cette
époque, les actions entreprises par Mitchell en faveur des jeunes
pêcheurs et de l’environnement : Club Mitchell, Ecoles
Nationales de Pêche, « 1 franc par moulinet », Courant
Mitchell.
Merci à Christian pour cette première contribution.
Pour
en savoir plus sur les moulinets Mitchell de collection, consultez le
site de Christian Lhermitte : une mine d'information pour les
Mitchellomaniaques débutants et confirmés...
Si vous désirez vous aussi partager vos informations avec d'autres collectionneurs
halieutiques en rédigeant un rapide historique illustré (si
possible) concernant un fabriquant ou
une marque de fabrique de votre choix, celui-ci sera publié dans la rubrique "Mémoires de marques", contactez-nous.

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